Éduquer sans crier ni punir

Négociations, menaces ou punitions : face à un enfant qui ne respecte pas le cadre imposé en famille, nous pouvons nous sentir perdu et ne pas savoir comment réagir. Faut-il imposer des règles aux enfants ? Quelle souplesse garder ? Comment éviter les conflits ? Comment responsabiliser l’enfant en évitant punitions, menaces ou cris ? On fait le point avec Bénédicte Péribère, psychologue clinicienne et formatrice en discipline positive.

Faut-il imposer des règles aux enfants ?

Depuis des décennies, nous sommes dans la fermeté : les enfants obéissent par peur ou soumission. Dans l’approche de la discipline positive, on a une nouvelle forme d’autorité qui mobilise la fermeté et la bienveillance. On va baser l’éducation des enfants sur trois piliers : les lignes de conduite, les responsabilités et les rituels.

Les lignes de conduite sont très importantes car c’est essentiel que votre enfant ait un cadre pour se construire. En effet, il a besoin de toucher les limites pour se construire. Mais le cadre doit être défini avec lui et être stable. Dans une même situation, il ne faut pas dire un jour oui, un autre jour non.

Les lignes de conduite, qu’elles soient ponctuelles ou quotidiennes, sont créées en coopération avec l’enfant. Par exemple, si un week-end chez les grands-parents est organisé, vous pouvez demander à votre enfant : « De quoi avons-nous besoin pour que le trajet se passe bien ? ». Après avoir récolté l’avis de l’enfant, on prend également en compte l’avis parental pour établir les lignes de conduite. Globalement, les règles imposées ne fonctionnent pas, alors que celles où l’enfant est impliqué fonctionnent.

Les responsabilités sont des tâches du quotidien à faire dans la maison : descendre les poubelles, nettoyer, etc. Vous pouvez les lister et vous répartir les tâches. Les rituels sont les étapes qui. Vous pouvez là aussi lister les étapes avec les enfants.

Concrètement, comment définir les lignes de conduite et les responsabilités avec son enfant ?

La discipline positive recommande des temps d’échange en famille, dans l’idéal toutes les semaines : on se met autour d’une table et on discute. Pour les plus petits, vous pouvez utiliser des dessins. Mais avec des mots simples, l’enfant est capable de comprendre dès cinq ans. Plus votre enfant est petit, plus il est important d’être précis. Par exemple, « bien se tenir à table » ne veut pas dire la même chose d’une famille à l’autre. Il faut expliquer concrètement : mettre les pieds au sol ou ne pas jouer avec la nourriture, par exemple.

Ensuite, il est important d’afficher les lignes de conduite et les responsabilités à la vue de tous. L’affiche sert de support. Au lieu de dire « tu n’as pas fait ça ! », vous pouvez vous appuyer sur l’affiche et demander « est-ce que tout le monde a fait ses responsabilités ? ».

Le maître mot de la discipline positive, c’est « avec ». Il faut penser l’organisation quotidienne avec l’enfant. C’est une discipline horizontale où les enfants sont respectés et égaux aux adultes.

Comment responsabiliser l’enfant en évitant les menaces, les cris ou les punitions ?

Toutes les difficultés du quotidien sont des opportunités pour la responsabilisation et l’autonomisation des enfants. La discipline positive est basée sur le fait que les erreurs sont des opportunités d’apprentissage. Donc quand on fait à la place d’un enfant, on l’empêche de savoir qu’il est capable de faire cette chose par lui-même. Si vous êtes pressé et que vous devez le faire à sa place, vous pouvez dire : « on est pressé alors je vais faire tes lacets mais je sais que tu sais le faire. ».

En discipline positive, nous ne sommes pas trop pour les punitions et les menaces. On va plutôt mettre en avant les conséquences naturelles d’une action : « si tu ne mets pas ton manteau, tu auras froid. ». La conséquence doit être raisonnable, logique, prévue à l’avance et respectueuse. Dans ce cas, on est tourné vers l’avenir et on essaie d’apprendre quelque chose. Au contraire, la punition est focalisée sur le passé. Elle n’enseigne pas grand chose à l’enfant, elle est juste une réaction lorsque notre autorité est mise à mal.

Dans notre éducation aujourd’hui, ce sont essentiellement les parents qui guident. Nous pensons qu’il faut, au contraire, enseigner aux enfants des compétences socio-émotionnelles qui leur serviront toute leur vie. Par exemple, si deux sœurs se disputent, on peut leur dire d’aller trouver ensemble une solution dans leur chambre. Ou encore, si un enfant tape son frère, on peut essayer de lui dire : « comment je peux t’aider pour que tu te rendes compte quand tu sens que tu t’énerves et que tu vas taper ? ». Ainsi, on essaie de lui faire gagner en compétence socio-émotionnelle.

Ces recommandations ne sont-elles pas difficilement applicables au quotidien ?

On n’y arrivera pas tout le temps effectivement. Ça arrive de s’énerver et ça continuera d’arriver. Au quotidien, les parents fatiguent et peuvent s’énerver. Mais un enfant qui entre dans le rapport de force a déjà gagné. Alors, déjà y réfléchir et se dire qu’on peut faire autrement, c’est important.

Il faut avoir conscience que lorsque l’on est énervé, le cortex pré-frontal est désactivé. Or, c’est dans cette zone de notre cerveau qu’est logée notre capacité de réflexion et d’intelligence. Quand on est énervé on ne peut qu’attaquer, être paralysé ou fuir. Il faut apprendre à se calmer et vous pouvez tout à fait dire à votre enfant : « Je ne peux pas te parler maintenant parce que je suis énervé. ». Si vous le faite, votre enfant apprendra à le faire. On apprend beaucoup mieux ce que l’on voit que ce que l’on entend, ce sont les neurones miroir qui nous donnent cette capacité.


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Psychologue clinicienne, Bénédicte Péribère travaille dans un service de pédopsychiatrie à l’hôpital. Elle est également formatrice en Discipline Positive auprès des parents et des enseignants.


Les ressources pour vous accompagner dans la discipline positive :

A lire :

  • « Les 50 règles d’or de l’éducation positive », Bénédicte Péribère et Solenne Roland-Riché, Éditions Larousse.
  • « L’autorité expliquée aux parents », Claude Halmos, Éditions Le livre de poche.

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