Former l'esprit critique des enfants

Former l’esprit critique des enfants, interview de Pascal Desclos

Votre enfant sait-il prendre du recul face à ce qu’il entend dans la cour de récréation, à une information relayée sur les réseaux sociaux ou consultée sur Internet ? Comment lui apprendre à faire preuve d’esprit critique pour se forger son opinion et être capable également de débattre et d’échanger ? C’est la question que nous avons posée à Pascal Desclos, fondateur des Éditions Valorémis, qui conçoit et édite des jeux socio-éducatifs destinés à faciliter le questionnement, la réflexion et le dialogue. C’est l’occasion également de s’interroger sur notre propre faculté à ne pas nous limiter au « parce que » ou « c’est comme ça et puis c’est tout » lorsque nous échangeons avec nos enfants.

Qu’appelle-t-on l’esprit critique ?

Par esprit critique, on entend la capacité à faire preuve de discernement à l’égard de ses croyances ou de son environnement social, territorial ou familial car ce dernier influence notre façon de penser ou nos apprentissages. Par croyances, je veux parler de tout ce qui n’a pas été vérifié. Ce n’est pas une remise en cause du savoir en soi, mais une interrogation de son libre arbitre qui nécessite de procéder avec méthode : qu’est-ce que cela m’apporte, en plus ou en moins ? D’où me vient ce savoir ? L’ai-je confronté à ce que je sais, à ce que je pense, à ce que je ressens ou à ce que j’ai vécu ? À quoi me renvoie-t-il d’autre ?

Comment transmettre cette capacité à nos enfants ?

Tout d’abord, lorsqu’on discute avec son enfant, on doit le questionner davantage sur sa façon d’aller chercher des connaissances et d’élaborer son raisonnement, plutôt que de l’évaluer sur ce qu’il sait. Si je devais faire un parallèle avec l’univers des jeux de société, que je connais bien puisque j’en conçois, il faut procéder à l’inverse du Trivial Pursuit. Le Trivial Pursuit est fondé d’abord sur la comparaison des stocks de connaissances de chacun. Je tombe sur des cartes en relation avec mon stock de connaissance, je gagne. Je tombe sur des cartes en dehors de ce stock, je perds. Il n’y a pas de progression dans ma capacité de raisonner et encore moins de collaboration avec les autres participants pour que je puisse enrichir mes savoirs. Au mieux, je mémoriserai quelques connaissances sans trop savoir d’où elles viennent. Pour prendre une autre image, je préfère demander à un enfant pourquoi, selon lui, les montagnes sont hautes plutôt que de lui demander de connaître la hauteur du Mont Blanc.

Vous conseillez donc de privilégier les questions ouvertes aux questions fermées ?

Oui, c’est ce qui va permettre à l’enfant de s’interroger et de construire son raisonnement. Il faut aussi être attentif à la façon dont l’enfant répond et l’inciter à jouer avec le sens et le choix de ses mots. Pourquoi as-tu choisi ce mot, d’où vient-il ? Est-ce la meilleure façon de formuler ce que tu veux dire ? Même le choix des conjonctions de coordination change tout : « il fait chaud et il y aura des nuages » n’a pas le même sens que « il fait chaud mais il y aura des nuages ». C’est une façon de faire qui va être essentielle lorsque plus tard l’adolescent sera confronté aux médias et aux réseaux sociaux par exemple. On met souvent en cause les écrans. Mais, en soi, un écran ce n’est qu’une façon d’accéder à des informations, tout comme un livre ou la radio. Ce qui compte c’est donc de savoir si le jeune est capable de s’interroger face une information délivrée par un média, de confronter différentes sources et d’accepter également qu’elles n’aillent pas forcément dans le sens de ce qu’il pense.

Qu’est-ce qui peut freiner le développement de l’esprit critique ?

En France, notre légitimité à exercer cet esprit critique peut être contraint par notre statut, notre âge, notre niveau d’étude.  Ainsi, dans un système scolaire élitiste, on pourra considérer que nous sommes plus ou moins habilités à émettre une analyse ou un avis selon notre cursus scolaire et diplôme. On distingue bien d’ailleurs les enfants que l’on dit « manuels », des « intellectuels ». De la même façon, certains auront tendance à ramener le droit de chacun à s’exprimer à une question d’âge. D’un côté, les jeunes qui n’en sauraient pas assez pour s’exprimer et de l’autre, les plus âgés souvent limités à la transmission d’un savoir hérité. Or, on devrait aussi les inciter à raconter ce qu’ils ont appris la veille car nous sommes des êtres d’apprentissage éternels ! On doit encourager la confrontation de tous les points de vue comme ayant en soi une valeur quels que soient l’âge, le statut ou le niveau social. En tant que parents, on doit pouvoir raconter comment on a acquis certaines connaissances et plus encore nos opinions sur les choses. Montrer à ses enfants que nous apprenons tous les jours à tout âge de la vie est important. On peut dire je ne sais pas à son enfant ou cela ne m’évoque rien, je ne ressens rien, je ne sais pas quoi en penser. Mais une des clés la plus importante à ne pas oublier, c’est l’humour c’est-à-dire la distance qu’on est capable de prendre par rapport à soi-même. Le jeu, l’humilité et l’humour sont essentiels dans la chaîne éducative.

En conclusion, il faudrait que les gens deviennent acteurs de leur savoir ?

En fait je préfère dire qu’ils deviennent auteurs de leurs pensées. Un acteur c’est quelqu’un qui joue dans une histoire écrite par quelqu’un d’autre. Un auteur c’est celui qui écrit le scénario. Il faut être auteur de son questionnement. Cela ne signifie pas que l’enfant une fois adulte n’adhérera pas par exemple à la pensée de son père mais, il saura pourquoi car il lui aura été permis d’interroger, d’enrichir et de reformuler cette même pensée.


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Pascal Desclos, fondateur des Éditions Valorémis, s’investi depuis plusieurs années dans la conception et l’édition de jeux socio-éducatifs destinés à faciliter le questionnement, la réflexion et le dialogue.


Les ressources pour encourager la réflexion et confronter les idées :

À lire : 

  • L’Hebdo des petits citoyens comporte chaque semaine une rubrique intitulée le débat de la semaine avec une question ouverte posée aux enfants sur l’actualité traitée par le journal afin de faciliter les échanges et la réflexion.
  • La collection les Goûters Philo, Milan édition.

Des activités :

  • La collection de cartes à jouer Kidikoi où petits et grands partageront leurs opinions en toute égalité.
  • Jouer en famille sur des thématiques de citoyenneté, d’égalité avec les jeux socio-éducatifs conçus par les Éditions Valorémis.